Rita Fischer
Libération, mercredi 11 mai 2005
Pour ses 50 ans, Montrouge a rafraîchi son salon
Arts. Nouvelle présentation pour les 400 oeuvres
sélectionnées cette année.
Par Henri-François DEBAILLEUX
50e Salon d'art contemporain
2, place Emile-Cresp, à Montrouge (Hauts-de-Seine). Jusqu'au 18 mai.
Tél. : 01 46 12 75 70.
C'est une édition particulière pour le Salon d'art contemporain de Montrouge. Considéré dans le domaine comme le meilleur salon parisien, il fête son cinquantième anniversaire et a changé de direction artistique.
Créée en 1955, la manifestation était en effet
dirigée depuis 1976 par la pétillante Nicole Ginoux, qui lui
insuffla une belle dynamique, téléphona beaucoup et lui donna
une place de premier rang. Elle a, cette année, passé la main
à Alain Lamaignère, qui fut notamment le fondateur de la
récente foire Art Paris. Pour marquer le coup, ce dernier a
réaménagé le Salon en créant trois sections -
ayant chacune son identité, marquée sur les murs par trois
types de cartels : verts, jaunes, rouges - et avec l'édition de trois
catalogues distincts.
Parrains. Les cartels verts, liés au Salon du cinquantenaire,
correspondent ainsi à 80 artistes : parmi eux, 40, brillamment
passés par Montrouge au fil du temps, et auxquels il a
été demandé, pour l'occasion, de parrainer 40 jeunes peu
connus, voire inconnus, accrochés à leurs côtés.
Claude Viallat a ainsi choisi Julien Gudea ; Vladimir Velickovic, Milos
Todorovic ; Hervé Télémaque, Roberto Stephenson ;
Jean-Claude Meynard, Olivier Heinry ; Jacques Bosser, Marie Sue ; Jean-Paul
Chambas, Clara Ramirez, etc.
Les autres jeunes artistes, qui ont toujours été la vocation
même du Salon, indiqués par des cartels jaunes, sont
disséminés au fil des allées. Couvrant comme à
l'accoutumée toutes les disciplines, peinture, sculpture, photo,
installation, vidéo, ils sont cette année 240 à avoir
été retenus parmi plus de 1 000 prétendants au
départ.
Enfin, sous la couleur rouge associée au Salon européen des
jeunes créateurs, sont rassemblés 70 plasticiens
sélectionnés par des commissaires artistiques de chaque pays
participant. Fatima Lambert pour le Portugal, Maria Pasqualotto pour
l'Espagne, Dietgard Grimmer pour l'Autriche, Sandra Solimano pour l'Italie et
Alain Lamaignère pour la France. Cette section a été
créée en 2000 pour donner une dimension plus internationale au
Salon et faire circuler dans différentes villes européennes la
sélection des heureux élus.
Piliers et tremplin. Avec environ 400 oeuvres, toutes tendances confondues,
le Salon, accrochage aéré et parcours clarifié, a
plutôt fière allure. On y retrouve agréablement, sans
tomber pour autant dans la commémoration lourdingue, certains de ceux
qui en furent des piliers et on y fait de belles découvertes, ce qui a
toujours été le rôle de cette manifestation-tremplin.
A l'exemple même de ceux qui se sont vu décerner les
différents prix de cette édition 2005 : Roberto Stephenson pour
le grand prix, Grégory Cumins pour le prix du jury (dit, cette
année, prix Nicolas-de-Staël, en hommage au peintre
enterré à Montrouge il y a tout juste cinquante ans), Miwa
Nishimura pour le prix du conseil général des Hauts-de-Seine,
et Rita Fischer pour le prix du conseil municipal.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=295566
© Libération
Le Monde, 6 mai 2005
Le Salon de Montrouge en formule aérée
Critique
Par Harry Bellet
Le Salon d'art contemporain de Montrouge fête son cinquantenaire. Ce n'est pas le plus vieux -- à Paris, les Indépendants, le Salon d'automne et d'autres lui dament le pion de ce point de vue --, mais il a été longtemps, sous la houlette de Nicole Ginoux, l'un des rares où les galeries venaient chercher des talents nouveaux.
Grâce à un principe simple, qui est exactement celui qu'a redécouvert le centre d'art new-yorkais PS1 avec son exposition "Greater New York" (Le Monde du 12 avril) : une sélection fondée sur un mélange de candidatures spontanées et de propositions de professionnels, marchands d'art notamment. Les choix américains se font en retenant des artistes new-yorkais ayant émergé ces cinq dernières années. A Montrouge, on peut être inconnu et vivre à Zanzibar, pourvu qu'on ait moins de trente ans.
La crise du marché dans les années 1990 avait un peu assoupi Montrouge. Pour cet anniversaire, son nouveau directeur, Alain Lamaignère, à l'origine de foires comme"Découvertes", "Art Paris" et "St'art" à Strasbourg, a décidé d'aérer la formule. Il a reçu un millier de dossiers, en a retenu 600, pour une sélection finale de 240 jeunes artistes (l'exposition de PS1 n'en compte que 164). Il a aussi proposé à 40 artistes confirmés de montrer une oeuvre chacun, mais surtout d'inviter un jeune (un peu sur le modèle du salon Grands et jeunes d'aujourd'hui).
Lamaignère a aussi reconduit une idée lancée en 2000 par le maire de Montrouge, Jean-Loup Metton : convier 70 artistes de 9 pays européens, sélectionnés par des professionnels locaux, à une exposition qui voyagera ensuite dans chacun des pays partenaires. L'addition donne près de 400 artistes. Mêlant peinture, sculpture, installations, photographie, vidéo, et on en oublie, le résultat est aimablement hétérogène. Du bon, du moins bon, peu de franchement médiocre, mais le tout très vivant, puisque le parti pris de Lamaignère consiste à mélanger les oeuvres de toutes origines dans les salles d'exposition : l'appartenance des artistes à telle ou telle catégorie est simplement indiquée par la couleur différente du cartel.
On y retrouve donc les connus et ceux qui ne le sont pas encore, plus ou moins jeunes, comme Aki Kuroda et Marco del Re, Carole Benzaquen, Pierre Buraglio, Jean-Paul Chambas, Jean-Claude Meynard, Brigitte Nahon, Ernest Pignon-Ernest, Hervé Di Rosa, Georges Rousse, Antonio Segui, Télémaque, Jo Vargas, Velikovic, Marko Velk ou Claude Viallat.Et cela déborde jusqu'au boulevard périphérique : des entreprises dont les sièges sociaux bordent l'artère ont installé sur leurs façades des grands panneaux reproduisant des oeuvres. Il ne s'agit pas de mécénat, au sens propre du terme, puisque la municipalité assume seule le coût (environ 400 000 euros) de la manifestation.
Mais le maire n'a pas voulu rater la visite exceptionnelle et involontaire des usagers du périphérique, "cette fréquentation permanente et continue de voitures, explique-t-il. Il s'agit donc d'utiliser ces façades comme une immense cimaise. Mais nous ne voulions pas imposer notre sélection aux entreprises : celles-ci ont effectué des choix d'artistes en correspondance avec leurs valeurs identitaires".
D'après M. Metton, "les entreprises ont manifesté leur désir de continuer cette démarche de diffusion de l'art contemporain. Elles souhaitent organiser des expositions au sein de leurs bâtiments, en partenariat avec des artistes".
Reste à convaincre les collectionneurs, et les galeries, de revenir à Montrouge. A PS1, ils s'étaient jetés sur les jeunes artistes comme la misère sur le bas clergé. Une spéculation sur l'avenir de l'art contemporain qui a bien du mal à traverser l'Atlantique.
Salon d'art contemporain de Montrouge, 2, place Emile-Cresp, Montrouge (Hauts-de-Seine). Tél. : 01-46-12-75-70. Sur Internet : www.sejc.com. Métro Porte-d'Orléans, bus 68, 126 et 128. De 10 heures à 19 heures, jusqu'au 18 mai. Entrée libre. Catalogue en trois volumes, 26 €.
Article paru dans l'édition du 07.05.05
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-646926@51-627789,0.html
© Le Monde
El Nuevo Herald, Miami, Dec. 07, 2003
Rita Fischer, una protagonista multiplicada
Artes y Letras
ARMANDO ALVAREZ BRAVO, Crítico de Arte/El Nuevo Herald
Mucha de la creación de este momento, que será historia u
olvido, plantea al que la contempla una definitiva pregunta sobre el
significado de su discurso. Sobre la intención del artista que la
ha creado, tantas veces con una fuerza renovadora; muchas más desde
la suficiencia de la mediocridad o la falta total de talento. Dos de las
características predominantes en un notable sector del mundo del
arte actual.
La muestra Where are you going?, de la joven artista uruguaya Rita
Fischer, que presenta la galería Praxis International Art, de Coral
Gables, no escapa a esa interrogación sobre su significado. Una
pregunta que se extiende a la impecable y ''distinta'' ejecución en
técnica mixta de cada pieza. Este es un quehacer que, para empezar,
desde su afán de renovación, desde su manejo insólito
de la imagen y desde su respeto a la factura, da razón de sí
misma a partir de presupuestos correspondientes a la estética. Lo
demás es inherente o conducente a cada obra y a la visión
general del conjunto.
Fischer, nacida en Young, en 1972, estudió en el Centro de
Diseño Industrial de Montevideo; el Taller de pintura ''Clever
Lara'' y la Escuela Nacional de Bellas Artes, ambas en la capital
uruguaya, y se licenció en Artes Plásticas en la Universidad
París VIII, en Francia. Ha obtenido varios premios. Los más
importantes, en el 2000: el Primer Premio Paul Cézanne, Beca de
Estudios de la Embajada de Francia en Uruguay, y residencia de artistas en
Saint Etienne; y el Primer Premio Internacional del Mercosur, organizado
por Arte-BA en Buenos Aires, Argentina. Un dato significativo en este
apunte biográfico es su formación y trabajo como
diseñadora que, sin lugar a dudas, ha influido de alguna manera en
su creación plástica pura.
Las 11 piezas que presenta Fischer, que reside en Francia, en su primera
muestra personal en Miami se caracterizan por la levedad de color, la
transparencia, la delicadeza del caleidoscópico conjunto de
imágenes hacia una única imagen, el efecto de
tridimensionalidad y la insistencia en la figuración de una
protagonista multiplicada. Así, su quehacer más reciente ha
sido presentado como el de una artista ''que usa elementos de la figura
humana en cada una de sus composiciones de técnica mixta. Sus
gráciles personajes son repetitivos para lograr representar figuras
geométricas o vagamente orgánicas''.
Por su parte, el uruguayo Alfredo Torres manifestó en una
ocasión que la obra de la expositora ''podría describirse
como una inversión sutil, poéticamente irónica de lo
que suele ser corriente, la fuerza nace en lo presuntamente frágil,
en la fugacidad de un gesto o movimiento detenido''.
Esta colección, con títulos tan reveladores de un sentido de
esencia, en y a partir de cada figuración de Fischer, como ''Somos
una'', ''Zona de miedo'', ''Voy hacia vos'' y ''Camino correcto'', sirve
para adentrarnos en un territorio cuya intensidad se traduce en una
representación de levedades.
La intensidad de esas levedades tiene su origen en la infancia de la
artista y en sus vivencias. De modo central en sus paseos por las calles y
su visión de los interiores de las casas, de sus distintos colores
y ambientes, ''los distintos mundos. Espacios que se insinuaban, pero que
no se dejaban ver claramente''. Ese visto y entrevisto, esa
indagación en la propia persona de la creadora y, desde ella, en la
persona, en el otro, lleva a Fischer a proyectarse con la levedad,
delicadeza y exquisita tridimensionalidad de sus piezas en un universo, en
un paisaje interior, en que el caos puede ser absoluto y en que el orden
establece un sentido. Un orden de tiempo detenido.
Siempre he considerado al tiempo como un elemento de la memoria y, en
buena medida, las piezas de Fischer, fijación de un instante
vertiginoso, son eso: memoria en su precipitación y su permanencia,
en su siempre. Memoria como declaración y, quizás, como
explicación. Memoria y posibilidad desde una figura femenina que se
repite incesante pero exacta en un diseño que la hace trascendente.
Tan trascendente que, desde la indagación que supone cada obra, se
convierte en imagen pura, despojada de vínculos.
No obstante, ese despojamiento inevitable puede hasta considerarse como
elemento definitorio del viaje que se cumple en estas obras. Unas piezas
que responden a una pregunta que se hace a sí misma la artista:
¿Adónde vas?
''Imágenes de una criatura que es muchas otras que son ella misma.
Una multitud de personajes femeninos que son parte de una unidad, un
único ser infinitamente fragmentado que busca completarse. Paisaje
mental de una persona, cualquiera de nosotros, que se pregunta:
¿quién soy? Es decir, ¿cuántas soy?'',
responde Fischer.
Pero su precisión no es suficiente para fijar la naturaleza de la
narrativa de esta obra, que podría justificarse en su propia
factura e imagen más allá de significados. Así,
Fischer, que afirma que la persona que aparece en sus piezas no es ella
pero que, sin embargo, siente a esta serie como autobiográfica,
explica: ''Mis criaturas levitan y se desplazan movidas por una fuerza que
las reúne y las supera. Pasajeras en tránsito, son a la vez
paisaje y obstáculo en un mismo trayecto. Pero allí donde
podría haber confusión, hasta caos, yo elijo ordenar,
introduciendo la simetría como un bálsamo. Estas pinturas
son como frases sueltas de un diálogo conmigo misma. Empiezo
preguntándome ¿adónde vas? Voy, respondo a coro.
Hacia mí. Como soy tantas otras, el viaje será largo.
Quizás no termine nunca, y por eso las imágenes sólo
son porciones de un recorrido más vasto''.
Individualidad y pluralidad. La criatura que es y quiere ser todas las
criaturas. Esa indagación y esa certidumbre que está en las
raíces de la creación, cobra en la impecable,
caleidoscópica, leve, refinada y enigmática obra de Fischer
la valencia de un discurso distinto que es firma de estilo y ratifica,
cuando el desorden y el caos forman parte de la experiencia
contemporánea, el valor del orden. Su capacidad de hacer que
encarne la belleza y lo apetecible.
La exposición Where are you going?, de Rita Fischer, puede
visitarse hasta el 31 de diciembre, en Praxis International Art, 2970
Ponce de León Boulevard. Horario: martes a sábado, de 10.30
a.m. a 6 p.m.
http://www.miami.com/mld/elnuevo/entertainment/visual_arts/7406057.htm
© Miami Herald